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Mezame No Hakobune

© valmy




Aujourd'hui, tournons-nous vers un des Objets Filmiques Non-Identifiés de Mamoru Oshii : Mezame No Hakobune.

Un bref retour sur le concept du film et sa projection dans un cadre unique est ici une condition nécessaire afin de pouvoir l'aborder pleinement. Mezame no Hakobune (littéralement "l'Arche de l'Eveil") aussi appelé Open Your Mind, fut diffusé durant la World Exposition 2005 à Aichi au Japon. Projetée dans un cadre unique - quelques photos sont disponibles sur cette même page - l'expérience était soutenue par un traitement typé IMAX qui est un format de pellicule de très grande taille. À titre d'information, il existe en France une dizaine de lieux équipés pour la projection IMAX, dont la Géode et le Futuroscope.

Poursuivons. Dans la partie centrale de l'arène, au sol, 96 écrans plasma de 50 pouces. Le tout entouré par 139 statues de généraux à tête de chien ("Ku-Nu"), ceux que l'on aperçoit entre autre dans le film, et surmonté par la figure d'une déesse. En hauteur on peut apercevoir les écrans géants qui entouraient la salle. Il s'en dégage une ambiance tout à fait incroyable qu'on aurait aimée expérimenter lors de la première rencontre avec Mezame no Hakobune. Le passage de ce cadre monumental et grandiose à celui d'un écran d'ordinateur ne saurait en aucun cas rendre justice au travail, ainsi qu'à l'essence de ce qu'Oshii a voulu exprimer. Je ne parle que d'Oshii mais il est aidé dans la réalisation par Hiroki Hayashi (auteur de El Hazard, le monde magnifique, réalisateur sur un OAV de Bubblegum Crisis puis sur la série TV Bubblegum Crisis : Tokyo 2040, récemment superviseur des cgi sur The Sky Crawlers) et accompagné comme toujours par Kenji Kawai à la musique.




Bien, mais alors... de quoi est-il donc question dans cette production spéciale me demanderez-vous ?

Open Your Mind présente une épopée : celle de l'origine de la vie, d'une manière assez unique et expérimentale. Elle est composée de trois actes, plus un prologue et un épilogue auxquels Kenji Kawai donna le nom d'intermission. Oshii met ainsi en scène d'une manière tout à fait personnelle des théories sur l'apparition de la vie sur notre planète et des préceptes de la philosophie godai. Philosophie basée sur les cinq éléments, comme souvent en Asie, que sont la Terre ("Chi" en chinois ou "tsuchi" en japonais), l'Eau ("Sui" ou "mizu"), le Feu ("Ka" ou "hi"), le Vent ("Fu" ou "kaze") et le Ciel ("Ku" ou "sora"). On trouve parfois un sixième élément qui représenterait la Connaissance. Le film part de l'origine extra-terrestre de la vie, en l'occurrence apportée par six déités - donc six éléments - s'écrasant sur Terre. Au long des 35 minutes de l'œuvre, on évoluera ainsi d'un milieu aquatique vers celui du ciel, puis jusqu'au sol.

Le voyage sur notre planète commence ainsi : dans une forêt ténébreuse on est invité à croiser ces personnages immobiles déjà mentionnés. Impériaux, ils sont coiffés de têtes animales rappelant nombre de dieux égyptiens. Pourtant il vaut mieux chercher les références du côté du bouddhisme. Sho-Ho est le nom d'un de ces généraux, celui à tête de poisson. On poursuit avec Ku-Nu, possédant une tête de chien, puis le faciès d'aigle : Hyakkin. La musique de Kenji Kawai porte la scène avec brio, elle créé une atmosphère d'inquiétante étrangeté fascinante, quasi palpable, donnant l'impression d'une rencontre avec des puissances divines inertes. C'est pourtant bien leur inaction qui les rend si intrigantes, comme si l'unique chose suffisante était de se contenter d'exister stoïquement, de persister dans une posture si frappante qu'elle en dit plus à elle toute seule que n'importe quel mouvement. Cette scène impressionne par la facilité avec laquelle elle donne vie à l’inanimé. De même, il est impensable de ne pas être frappé par le souffle mystique qui se dégage des statues divines : quelque chose d’impalpable gravite autour d’elles qui impose le respect.

Débute alors "Sho-Ho" : le premier acte. Alors que s'offre à nos yeux l'aliment à la base de la chaîne alimentaire marine, Oshii arrive à faire une superposition impressionnante entre les profondeurs des abysses et l'univers. Et c'est ce bref instant où un œil se découvre telle une galaxie qui frappe par sa justesse. Les fameux chants Noh biens connus que Kenji Kawai a déjà utilisés dans les deux films Ghost In The Shell explosent alors. C'est en effet par eux que s’effectue la narration, ce qui en fait pour nous, pauvres non-initiés à la langue nipponne, un élément de moins pour saisir intégralement les visions présentées. Ce qu'on peut dire de la 3D en cet instant c'est qu'elle est de très bonne facture. Par certains aspects elle est comparable à ce qui avait été réalisé sur Innocence sans jamais toutefois en atteindre la beauté plastique irréprochable. La faute sans doute à l'écrasement de cette image pour tenir sur un dvd classique.

"Hyakkin" fait son apparition et c'est le second acte qui se lance. On survole une parcelle de notre planète à la manière d'un shoot 'em up, vous verrez bien ce que la chose peut donner. Au court de ce périple, on passera de la rencontre avec une créature ailée mystique à la traversée d'une métropole géante tentaculaire. C'est là que l'on sent les limitations du format brider quelque chose et que l'expérience aurait été tout autre dans la salle d'origine. On voit bien, à la façon dont l'image est scindée en plusieurs parties, à quel point l'espace avec les écrans au sol, plus les autres alentours, était mis à profit.

À Oshii de poursuivre ses métaphores avec les yeux qui renferment l'univers. Manière de rappeler à nos consciences que le monde de l'infiniment petit est un infiniment grand en soi.

La ligne finale est entamée avec le troisième acte prénommé "Ku-Nu". À mon sens la période la plus aboutie car elle met en exergue avec une grande force visuelle de nombreuses thématiques et caractéristiques propres à Mamoru Oshii. La vision d'une créature bizarre, croisement entre un centaure, un homme et un chien semble presque incongrue et difficilement cernable, mais tout s'éclaircira par la suite. On retrouve ultérieurement l'un de mes grands plaisirs chez ce réalisateur : les interfaces complexes nappées de couleur orange. Visibles à foison dans les Ghost In The Shell, ainsi que sous une forme un peu modifiée dans le mythique Avalon, ces interfaces graphiques sont un ravissement à observer. Les changements incessants des variables et autres petites claques visuelles sont superbes. On découvre peu à peu l'origine génétique de tout ceci. On remarque bien dans cette scène qu’Oshii cherche à «percer» un mystère par la voie d’une expérience de hacking directement appliquée au génome humain.

On poursuit avec une séquence de morphisme des plus détonantes. La tête d’un bébé se retrouve transformée, peu à peu muée en une tête de chien. Le procédé est répété des dizaines de fois comme pour faire disparaître tout élément dissemblable entre l’homme et l’animal. On sait le grand amour et la grande passion que le réalisateur voue au chien, il n’est finalement peut-être pas si étonnant de le retrouver pris dans une analogie avec les êtres humains.

Kenji Kawai fait mention dans une interview sur le sujet que Mamoru Oshii aurait désiré que les spectateurs d’Open Your Mind «ressentent l’importance de l’ADN dans la psychologie humaine» (*). Je n’irais pas dans le même sens que lui pour ma part. La psychologie humaine est bien plus complexe et tortueuse que le croisement des branches d’ADN qui nous composent au niveau moléculaire. Ouvrir son esprit à la biologie de ce qui nous constitue et à notre évolution n’est qu’un premier pas. Le reste du chemin est une affaire humaine, toujours trop humaine.

(*) Entretien avec Kenji Kawaï sur UnderScores.

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