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To-o kami emi tame

© Christophe Pons

Dans les cieux et l'océan de Motoko
Je me laisse aller au fil du vertige
Avant que l'Oiseau Nue ne chante à l'aube

To-o kami emi tame ...



  • Kenji Kawai - Reincarnation (Chant III)






A LA RECHERCHE DE L'EVE FUTURE

Quelle est la beauté première du cinéma d’Oshii et de Ghost in the shell en particulier ? De conter des désirs de fusion, pour combler une volonté d’élévation. De raconter des regards en mélancolie, qui gagnent des ailes et une lumière. Un désir d’embrasser la grâce des anges, autrement dit de faire l’amour.

En premier lieu avec soi-même. Pouvoir embrasser son reflet avant de pouvoir se mélanger à l’autre et au cosmos, sans préjudice de son intégrité. D’abord, désir de cinéma, désir esthétique, désir pour Oshii de fusionner avec son art. Où il est dit que le cinéaste imprime dans chaque fragment de pellicule et dans chaque note de musique, le reflet de son âme mélancolique. Velléité d’accomplissement à travers un art donc, et bien-sûr pour les personnages de ses films. Des personnages en proie à un malaise existentiel, à un manque, à une absence, à une solitude.

Dans Ghost in the shell, désir pleinement assouvi par l’union métaphysique de Motoko Kusanagi et du maître des poupées, scellée, sanctifiée par l’apparition d’un ange, au moment même où leurs véhicules, devenus désormais obsolètes, sont détruits. Dans Avalon, désir assouvi quand Ash gagne son droit d’accès à l’île mythique éponyme. Dans Innocence, désir laissé en suspens, mais plus que jamais explicite lorsque la chanson du générique de fin entonne Follow me, priant ainsi Batou de la rejoindre, elle, Motoko, l’Eve future.





Où va aller la nouvelle-née ?

Veni sancto spiritus, çà fait un bail major, comment dois-je m’adresser à toi ?, c’est ainsi que Batou accueille Kusanagi dans Innocence, le second volet de Ghost in the shell. Le véhicule, la communication et l’âme, telles sont les préoccupations du cinéaste et les questions qu’il pose, telles sont les problématiques rencontrées par ses personnages. Peintre, poète et philosophe, Mamoru Oshii infuse à ses images et à sa mise en scène un sens métaphysique éblouissant et vertigineux.

Si l’âme du second opus est cette fillette promise à devenir une gynoïde (androïde conçue à des fins sexuelles), l’âme du premier est le major Motoko Kusanagi, cyborg au corps sublime chargée, au sein de la section 9 du ministère de l’intérieur, de mettre fin aux agissements de pirates informatiques. Ghost in the shell parle de sa quête d’identité : Motoko veut savoir si sa mémoire est réelle ou inventée, si le "fantôme" a existé avant d’être implanté dans la "coquille". Le film trouve sa conclusion dans un ancien muséum d’histoire naturelle, sur la fusion quasi-divine entre le maître des poupées (en quête d’une enveloppe) et Kusanagi (en quête de son âme). L’Evolution de la Vie vient de franchir une nouvelle étape, pleine de promesses : la conscience, humaine ou non, vient de trouver un nouveau vecteur pour exister et se perpetuer indéfiniment : la matière n’est plus indispensable. Comme Mike, l’ordinateur central de Révolte sur la Lune, le formidable roman de Robert A. Heinlein, et comme Hal de 2001, le puppet master, au fil des informations qu’il a acquises, s’est transformé en entité consciente.


Quand je danse, une belle fille se laisse aller au fil du vertige. Quand je danse, la lune qui m’éclaire fait résonner certains souvenirs, Dieu descend du ciel pour assister au mariage et l’oiseau Nue chante à l’aube.

Ces paroles sont celles du score terrassant de Kenji Kawai, elles s’inspirent de la poésie japonaise classique vieille de 1000 ans. Elles sont le reflet de mon sentiment d’avoir été bercé par une sensualité et une poésie magnifiques, en goûtant aux intenses et délicieux “stripteases” de Kusanagi, en assistant à sa naissance et à sa mort physique, à sa réincarnation, en plongeant aussi dans son regard immense, jusqu’à l’extase.

A vouloir éveiller la conscience des hommes, Mamoru Oshii le Grand philosophe donne aussi à son héroïne cybernétique la faveur et le pouvoir de réveiller l’esprit de Dieu, grâce à cette invocation shintoïste finale à vous libérer l’âme : To-o kami emi tame.

Et pour Motoko d’embrasser la grâce des anges.




Dans le secret azur de ses cieux,
j’ai vertige à voir de précieux mirages,
et l’espoir de naître, et d’une larme et d’un nuage.

Avant que l’oiseau Nue ne chante à l’aube :

To-o kami emi tame


INNOCENCE OU LE MIROIR AUX ALOUETTES

La perfection n’est possible que pour ceux qui n’ont pas de conscience, ou ceux qui sont dotés d’une conscience infinie. Autrement dit, pour les poupées et les dieux. En fait, il y a un monde d’existence comparable aux poupées et aux dieux. (Les animaux ?). L'Alouette de Shelley baigne dans une joie profonde et instinctive. Joie que nous les humains, prisonniers de notre conscience, ne connaîtrons jamais.

A quel point les miroirs affectent et falsifient la vision des hommes, leur perception du cosmos ? A quel point les reflets renvoyés nuisent à notre rapport à l’univers, nous interdisent la Joie, nous limitent, nous contraignent à la nostalgie, à la mélancolie, ou à la vanité ? L’homme n’a rien à gagner avec un examen minutieux, nous répond Mamoru Oshii dans Innocence. Aussi, d’avoir les yeux plus gros que le cerveau, de prendre ses rêves de gloire pour des réalités, l’homme se perd. Et ne donne que trop peu d’énergie positive à l’univers. Motoko Kusanagi, l’Eve future, l’a bien compris en rejoignant un océan de pensées, le Net infini. Abandonnant ainsi un besoin de reflet(s) pour être et s’épanouir.

A raconter ce miroir aux alouettes (ici promu par Locus Solus, la société tentaculaire de demain), Innocence en vient aussi à raconter un non et un cri : Mais je ne voulais pas devenir une poupée. Le second volet de GITS, sommet de la SF et vertige essentiel, raconte ainsi un bouleversant appel à l’aide et le secours d'un duo sensationnel : Aidez-moi, aidez-moi...

Avant de filmer l’envolée d’un ange via la chute d’une poupée désarticulée - un corps fragile et émouvant très provisoirement emprunté par le Major "revenu" d’entre les circuits du Net pour prêter main forte à son ancien équipier - et un cathartique To-o kami emi tame.

Je m’en vais...






Dire, chez Mamoru Oshii,
qu’en toute poupée cassée
on peut voir un ange s’envoler,
qu’en toute plume ou tout flocon de neige versé,
on peut voir un ange pleurer, pour absoudre ou sanctifier.


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