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Hagiographie 2

© nibreh

Faisant suite au travail effectué par Bertrand Rougier sur le fascicule présent dans le DVD Collector d'Avalon (2001), j'ai décidé de prendre le relais pour survoler la suite de la carrière de Mamoru Oshii.


RETOUR DE L’ÂME

Quatre ans après Avalon, Mamoru Oshii réalisera le monumental Innocence, en compétition au festival de Cannes 2004. Variation autour du célèbre Ghost In The Shell, Innocence est sans aucun doute le film somme d'un cinéaste à son apogée, un film pour lequel Oshii dépensera une énergie créative considérable.

Il y est question de gynoïdes suicidaires auxquelles on aurait insufflé l'âme d'innocentes fillettes. Sur la base d'un polar mélancolique, Oshii confronte notre conscience et notre humanité à des questionnements allant de l'animalité au divin dans un futur toujours aussi abstrait de réseaux numériques et de piratages informatiques. Des séquences entières sont tétanisantes de beauté plastique et de lyrisme baroque, et le film dans son ensemble demeure, avec ses citations abondantes, d'une profondeur vertigineuse telle qu'il est impossible d'en résumer tout les tenants et les aboutissants.

Sur la genèse d'Innocence, Oshii déclare à Cannes : "Lorsque la production m'a proposé le projet, j'ai réfléchi pendant deux semaines chez moi. Je n'ai jamais conçu Innocence comme une suite de Ghost in the Shell. En fait, j'avais une dizaine d'idées, liées à mes réflexions sur la vie, à ma philosophie, que je souhaitais intégrer dans un film. J'ai pris Innocence comme un défi technique à relever, je voulais repousser les limites du film d'animation, répondre à des questions personnelles, tout en intéressant le spectateur.

Pour Innocence, j'ai eu un budget plus important que sur Ghost in the Shell. J'ai eu aussi plus de temps pour le préparer. Malgré cette ampleur économique, cette profusion de détails, toutes ces nuances, je me disais qu'il fallait que je raconte une histoire intime. (...) Personnellement, j'aime beaucoup les citations ; je me suis fait très plaisir avec Innocence. Avec notre budget et notre travail, nous avons pu obtenir une grande qualité d'image, contenant de nombreuses informations. Il fallait par conséquent que le texte soit aussi riche que le visuel. Cet amour des citations me vient de Godard. Le texte est très important pour un film - je l'ai appris de Godard. Le texte donne toute sa richesse au cinéma car le dessin n'est pas tout. Grâce à lui, les spectateurs peuvent faire leur propre interprétation. (...) L'image associée à un texte correspond à un acte d'unification qui renouvelle le cinéma, qui lui permet de prendre toute son expansion"

En 2005, en collabaration avec son compositeur attitré Kenji Kawai, il propose aux spectateurs de l'exposition universelle d'Aichi de vivre une expérience inédite via la mise en oeuvre d'une installation multimédia intitulée L'arche de l'éveil aka Open Your Mind. Sous le regard de statues immuables, figures divines essentielles, un écran géant diffuse une oeuvre purement allégorique et orchestrale, démontrant ainsi une facette inattendue des capacités de l'artiste.


Une pause (ré)créative, puis un message d'espoir.

Suite à la période fastueuse que furent les visionnaires et emblématiques GITS, Avalon et Innocence, Mamoru Oshii retournera à des projets moins ambitieux, mais tout aussi riches de sens, de visions, de beauté, d'originalité et d'expérimentation.

Avec l'expérimental Tashiguishi Retsuden (2006), il adapte son propre roman de 2004 sur les "écumeurs de gargote" dans un délire visuel à tendance hermétique qui - pour paraphraser un ami - n'a de valeur qu'à la condition de sa totale compréhension, un plaisir personnel dont l'autosatisfaction qu'il lui procure se suffit à elle-même.

En 2008, The Sky Crawlers, en compétition à la Mostra de Venise ainsi qu'au festival du film de Toronto, marque un tournant dans la filmographie du cinéaste. Film de la remise en cause, c'est assagi que Mamoru Oshii souhaite adresser un message aux jeunes générations pour qui l'avenir est indéterminé, pour qui "le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle" dans nos sociétés modernes. Stephen Sarrazin, correspondant au Japon pour Les Cahiers du Cinéma, relate une conférence de presse :

Oshii se confie en avouant qu’avec ce film, il entamait effectivement un nouveau cycle de vie et de travail, qui remonte à la réconciliation avec sa fille, la mort de son chien, sa propre maladie causée par la dépression (dont il s’est remis). Il parle du mariage de sa fille, de son impression de ne pas avoir suffisamment de temps dans son nouveau rôle de père, découvre qu’il pourra être grand-père. Il livre ce message aux jeunes du pays : trop de choix annule la possibilité d’un choix véritable et que la jeunesse actuellle ne cesse de repousser ce moment, cette décision de choisir. Il dit vouloir montrer le temps qu’il faut pour percevoir les changements infimes de la vie, tels ces plans de nuages dans le ciel qui forment le trailer. Le thème du film est une histoire d’amour, le seul sujet selon Mamoru Oshii qui interesse les jeunes en ce moment.

Voir à ce sujet la note d'intention publiée par Mamoru Oshii sur le site des Productions IG.


Les femmes, la bouffe, les flingues et les jeux vidéos.

Mamoru Oshii participe régulièrement à diverses oeuvres collectives, telles que Killers dont il réalise le segment .50 woman (2003). L'histoire : une tueuse à gage qui, dans l'expectative d'une cible à exterminer, comble le temps en ingurgitant toute sorte d'aliments, produits de consommation par excellence. On reconnaîtra au faciès de la proie le producteur en chef des studios Ghibli, Toshio Suzuki, qui prend un malin plaisir à se prêter au jeu de la victime pour son ami Mamoru Oshii des studios Productions IG.

Avec ce court, Mamoru Oshii met en scène de façon quasi-méthodique son obsession pour les armes à feu, ainsi que le regard qu'il porte sur les femmes (un mystère selon lui) en abordant de biais la relation qu'elles entretiennent avec la nourriture et leur corps. Sous couvert d'une critique de la société (consommation, publicités, télévision, politique) traitée avec discrétion sur un ton burlesque, Mamoru Oshii questionne par extension les rapports entre une dépendance alimentaire et notre besoin vital d'adrénaline. En effet, le meurtre devient ici un substitut métaphorique à l'exercice physique peu conventionnel qui consiste à régurgiter les calories avalées. Un sujet grave en soi, la crise boulimique, abordé de façon indirecte mais avec finesse sous la forme d'une allégorie, jouant sur les tensions et la répétition, de l'ennui (l'attente) à l'extase (la décharge), le tout en osmose sur la musique omniprésente de Kenji Kawai.


Au cours des années, Mamoru Oshii ne cessera d'étoffer et de faire se croiser ses deux grandes oeuvres de fictions que sont Kerberos (uchronie politique centré sur les Panzer Cops) et Tachiguishi, que ce soit sous divers aspects esthétiques ou sur différents supports tel que romans, fictions audio, mangas, courts métrages, omnibus, dessins animés, longs métrages Live ou OAV. Par ailleurs, il est aussi le maître à penser de multiples projets omnibus proposant à plusieurs réalisateurs un thème à traiter librement à ses côtés.

En 2006, Onna Tachiguishi Retsuden est un court métrage de Mamoru Oshii se focalisant principalement sur l'écumeuse de gargote Foxy Croquette O-Gin, une femme guerrière aux habits semblables à ceux du petit chaperon rouge. Si les arts de la table et l'acte même de se nourrir étaient présents dans Avalon ou encore dans .50 woman, ils sont en réalité depuis bien longtemps la thématique principale de l'univers de Tachiguishi. A noter que les écumeurs de gargotes et Foxy Croquette en particulier apparaissent pour la première fois dans un épisode animé de la série Urusei Yatsura au cours duquel un concours de bouffe est organisé entre les protagonistes (1984 - Tachigui Wars). Foxy Croquette fera par la suite son entrée dans la saga Kerberos avec le film live Lunettes Rouges (1987), tandis que sa tenue rouge sera clairement assimilé au célèbre conte sous la forme d'une très belle allégorie dans la fable politique qu'est Jin-Roh.

En 2007, les six courts métrages de l'omnibus Shin-Onna Tachiguishi Retsuden reprennent l'intrigant thème de l’attitude des femmes vis-à-vis de la nourriture (le titre anglais est The Women of Fast Food). Les scénarios sont écrits par Mamoru Oshii, et celui-ci en profite pour créer l'espace d'un court métrage qu'il met en scène un nouveau monde virtuel, Assault Girls, mêlant prise de vue réelle et animation. En 2008, un nouvel omnibus à l'initiative de Mamoru Oshii, Kill, a pour thème le chanbara (film de sabre). Mamoru Oshii y inscrit la suite de son court précédant : Assault Girls II.




Son dernier film projeté dans les salles, Assault Girls (2009), est un moyen métrage se situant dans l'univers des deux courts métrages éponymes parmi ceux qu'il réalisa sur Shin-Onna et Kill, à savoir un métavers ressemblant à s'y méprendre à celui d'Avalon, et dont il y sera d'ailleurs fait mention :

« Dans un univers virtuel baptisé Avalon(f), une guerre thermonuclaire à transformer le champs de bataille en un immense désert de sable devenu le territoire de gigantesques vers. Trois combattantes affrontent les terrifiantes créatures sous le regard du terminal central du jeu mais alors qu'elles approchent de leur but, une menace plus grande encore se dessine à l'horizon. »

Assault Girls est en l'état une espèce de spin-off d'Avalon et lorgne plutôt du côté du récent Sucker Punch de Zack Snyder avec ces girls with guns évoluant dans l'esthétique contemplative typiquement oshiiesque des jeux vidéos, et qui rappelle dans ses décors et ses vers des sables, le fameux désert de la planète Arrakis de Dune.

Si les échos sont plutôt négatifs à l'encontre de ce projet quelque peu cheap et ennuyeux parait-il, gageons qu'il s'agit là d'une simple parenthèse vidéo-ludique de la part de notre homme de 60 ans qui, à l'instar de son homologue Takashi Miike, s'amuse à manipuler son support privilégié pour fournir à la commande et au gré de ses humeurs des films déjantés et atypiques, le temps de revenir à des sujets plus personnels au budget conséquent.


Robot géant, crise artistique et documentaire hybride

Plus récemment, Mamoru Oshii fut à l'origine d'une pièce de théâtre / comédie musicale mise en scène par Morishita Norihikole et basée sur le manga Testujin 28 de Mitsuteru Yokoyama. Datant de 1956, ce manga voit la première apparition d'un robot géant dans la culture nippone, donnant ainsi naissance au genre populaire du mecha.

En 2010, les rumeurs fomentaient sur la toile que Mamoru Oshii était en post-production pour une adaptation live sur grand écran du même Tetsujin 28. Nommé 28 1/2, le titre de cet hypothétique projet fait explicitement référence au 8 1/2 (1963) de Fellini qui avait pour sujet la crise artistique d'un cinéaste se réfugiant dans son imaginaire, ses souvenirs et ses fantasmes.

Il s'est avéré que sous le nom 28 1/2, Mamoru Oshii concoctait tout simplement le making-of de la pièce de théâtre dont il fut lui-même à l'initiative l'année précédente !



L’originalité de ce documentaire réside en son parti pris mêlant réalité et fiction : l'histoire est celle d'une photographe errant sur les plateaux de répétitions de la comédie musicale Tetsujin 28 de Mamoru Oshii. A la manière d'un making-of classique, l'ensemble est entrecoupé par l'intervention de producteurs, collaborateurs, acteurs ou réalisateurs célèbres donnant leurs avis sur la représentation.

A la différence prêt que ces interviews sont ici montés de toute pièce, chacun interprétant son propre rôle, les participants à cette mise en scène fallacieuse se moquant ouvertement du travail fourni par Mamoru Oshii à coups de railleries du genre "Il a encore trouvé le moyen de mettre son chien !". Preuve si l'en est que l'artiste sait faire part d'une étonnante auto-dérision au regard de sa propre création.

to be continued ...